Le point Bleu pâle

Je vais vous conter une petite histoire, celle du point bleu pâle.

C’est à la fois une histoire scientifique, philosophique, emplit de questionnement envers nous même.

Voyager 1 est la première des deux sondes spatiales jumelles du programme spatial Voyager de la NASA lancées en 1977 pour étudier les planètes externes du Système solaire qui n’avaient jusque-là été observées qu’au moyen de télescopes situés sur Terre.

Au début des années 90, Voyager 1 avait terminé sa mission primaire.

Carl Sagan était alors membre de l’imagerie de la sonde voyageur.

Levé de Terre lors de mission Apollo 11
Levé de Terre lors de mission Apollo 11

Une génération auparavant un astrononaute de la dernière mission Apollo, pris une photo de la terre comme le symbole d’un monde sans frontière.Ce cliché marqua le début d’une prise de conscience, Carl Sagan compris quelle devait être l’étape suivante de la mission.

Il persuada l’équipe de retourner la sonde pour photographier les planètes qu’elle avait visité.

C’est ainsi que le 14 février 1990, la NASA commanda à la sonde Voyager 1 de photographier les planètes qu’elle avait visitées.

La NASA compila 60 images de cet évènement unique en une mosaïque du système solaire (connue sous le nom de Portrait de famille).

Une des images que Voyager renvoya était celle de la Terre à 6,4 milliards de kilomètres (soit plus de 42 UA), juste « un point bleu pâle » dans la photo granuleuse. Le minuscule point est presque perdu dans la lueur du Soleil.

Le point Bleu Pâle, Voyageur 1 en 1990
Le point Bleu Pâle, Voyageur 1 en 1990

Carl Sagan dit alors de ce cliché :
« Regardez encore ce petit point. C’est ici. C’est notre foyer. C’est nous. 

Sur lui se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu. Toute la somme de nos joies et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurées, d’idéologies et de doctrines économiques, tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les jeunes couples d’amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants plein d’espoir, les inventeurs et les explorateurs, tous les professeurs de morale, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l’histoire de notre espèce ont vécu ici, sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.

La Terre est une toute petite scène dans une vaste arène cosmique. Songez aux fleuves de sang déversés par tous ces généraux et ces empereurs afin que nimbés de triomphe et de gloire, ils puissent devenir les maîtres temporaires d’une fraction d’un point. Songez aux cruautés sans fin imposées par les habitants d’un recoin de ce pixel sur d’indistincts habitants d’un autre recoin. Comme ils peinent à s’entendre, comme ils sont prompts à s’entretuer, comme leurs haines sont ferventes. 

Nos postures, notre propre importance imaginée, l’illusion que nous avons quelque position privilégiée dans l’univers, sont mis en question par ce point de lumière pâle. Notre planète est une infime tache solitaire enveloppée par la grande nuit cosmique. Dans notre obscurité – dans toute cette immensité – il n’y a aucun signe qu’une aide viendra d’ailleurs nous sauver de nous-mêmes. 

La Terre est jusqu’à présent le seul monde connu à abriter la vie. Il n’y a nulle part ailleurs, au moins dans un futur proche, vers où notre espèce pourrait migrer. Visiter, oui. S’installer, pas encore. Que vous le vouliez ou non, pour le moment c’est sur Terre que nous prenons position.

On a dit que l’astronomie incite à l’humilité et fortifie le caractère. Il n’y a peut être pas de meilleure démonstration de la folie des idées humaines que cette lointaine image de notre monde minuscule. Pour moi, cela souligne notre responsabilité de cohabiter plus fraternellement les uns avec les autres, et de préserver et chérir le point bleu pâle, la seule maison que nous ayons jamais connue. »
Carl Sagan, Pale Blue Dot: A Vision of the Human Future in Space

En vidéo :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.